Photo de Robin Carlier qui a obtenu le Prix du Mémoire du CSEMLe Prix du mémoire en éducation aux médias a été attribué à Robin Carlier. Celui-ci est détenteur d'un Master en communication appliquée spécialisée – éducation aux médias de l'IHECS - UCLouvain. Son mémoire est intitulé "La manière dont les professionnels de l’éducation ayant suivi des modules de formation continue en éducation aux médias implémentent celle-ci dans leur pratique éducative " (Promoteur Patrick Verniers).

Jury de sélection

Le jury constitué par le CSEM a souligné l’intérêt de ce travail de recherche appliquée qui a pu ouvrir des portes quant à une chose jamais observée auparavant : le retour et les pratiques concrètes des professionnels de l’éducation après avoir suivi un module de formation continue sur l’éducation aux médias. Il a remarqué l’intérêt de la méthodologie qualitative adoptée par le mémorant articulant observation de journées de formation, questionnaires et entretiens individuels. Dans la limite d’un échantillon qualitatif assez limité (en partie causé par la pandémie), cette démarche a permis de récolter des informations utiles pour la conception de modules de formation en s’intéressant plus directement aux retombées pédagogiques. Loin d’apporter des réponses définitives, ce travail adresse cependant des questions pertinentes relatives à la place systémique de l’éducation aux médias dans les programmes scolaires et dans la formation initiale des enseignants, ainsi que des conditions matérielles nécessaires à une intégration de l’éducation aux médias dans l’enseignement.

Résumé

Suite à la probable future réforme de la formation initiale des enseignants en Fédération Wallonie-Bruxelles, il nous a semblé intéressant de nous pencher sur la formation continue en éducation aux médias, qui constitue un enjeu majeur dans l’enseignement et constitue parfois la seule formation en éducation aux médias que certains professionnels de l’éducation reçoivent. Dès lors, nous avons tenté d’obtenir des informations sur les modules de formation continue qui se donnent en Fédération Wallonie-Bruxelles et sommes entrés en contact avec le personnel les suivant afin d’en savoir plus sur leurs pratiques et leurs recommandations.

Nous avons tenté de répondre à la question de recherche suivante : « Dans quelle mesure la formation continue en éducation aux médias en Belgique francophone permet-elle d’améliorer les compétences médiatiques et didactiques des spécialistes de l’éducation au point de pouvoir inclure l’éducation aux médias dans leur pratique professionnelle de manière transversale ? ». Au vu de notre question de recherche, il est essentiel de formuler une hypothèse générale et deux sous-hypothèses.

L’hypothèse générale est la suivante : la formation continue en éducation aux médias en Belgique francophone ne permet pas d’améliorer les compétences médiatiques et didactiques des spécialistes de l’éducation au point de pouvoir inclure l’éducation aux médias dans leur pratique professionnelle de manière transversale.

Les deux sous-hypothèses découlant de la précédente sont :

  1. Les modules de formation continue en éducation aux médias en Belgique francophone ne développent pas les compétences médiatiques et didactiques des professionnels de l’éducation y assistant ;
  2. Les professionnels de l’éducation ayant suivi un ou plusieurs module(s) de formation continue se rapportant à l’éducation aux médias en Belgique francophone n’incluent pas cette thématique dans leur cours de manière transversale.

Après avoir exposé le bilan théorique relatif à cette recherche ainsi que sa contextualisation, nous avons réalisé trois étapes méthodologiques afin de répondre à nos hypothèses de départ : une analyse de corpus de formations continues selon une grille de critères précis, un questionnaire en ligne envoyé à leurs participants et des entretiens semi-directifs aux derniers volontaires pour en savoir plus sur leurs pratiques en éducation aux médias suite à la formation. Ceux-ci ont également formulé des recommandations quant à la formation continue en général en Fédération Wallonie-Bruxelles.

Les résultats obtenus sur base de cette recherche conduisent à une réflexion et des pistes concernant la formation continue en éducation aux médias et permettent de répondre objectivement à la question de recherche. Au regard des interprétations des résultats à travers des deux sous-hypothèses de cette recherche, nous pouvons affirmer, en grande partie, que la formation continue en éducation aux médias en Belgique francophone ne permet pas d’améliorer les compétences médiatiques et didactiques des spécialistes de l’éducation au point de pouvoir inclure l’éducation aux médias dans leur pratique professionnelle de manière transversale. Comme cela a été démontré dans ce travail, les formations semblent ne permettre qu’à une minorité de participants d’inclure l’éducation aux médias dans leur pratique éducative de manière transversale, même si celles-ci répondent, pour la plupart des indicateurs de la grille d’analyse de la 1ère phase de la méthode, de manière positive. La formation continue peut-elle à elle seule compenser le manque de points d’appui présents dans les programmes et référentiels, dans conditions matérielles et techniques, etc. ? Il y a tellement de facteurs qu’une formation seule ne peut pas compenser… Dès lors, la question à se poser est de comprendre quelles sont les conditions à rencontrer pour renforcer l’inclusion de ces pratiques.

Notre travail a pu ouvrir des portes quant à une chose jamais observée auparavant : le retour et les pratiques concrètes des professionnels de l’éducation après avoir suivi un module de formation continue sur l’éducation aux médias. Cela a également permis de comprendre et pointer, au-delà des manquements de certaines formations, les lacunes générales de notre système de formation en éducation aux médias. Si celui-ci, à travers notre mémoire, s’est attaché aux enseignants et éducateurs, il faut se dire que cela touche donc indirectement leurs élèves en FWB. Les résultats obtenus par cette méthode qualitative montrent ainsi qu’elle permet de récolter des informations utiles pour la conception de modules de formation continue. Elle pourrait constituer la prémisse de pratiques d’évaluation formative et d’amélioration des dispositifs de formation. Le flux des formations et le caractère très formel des « sondages de satisfaction » tels qu’utilisés actuellement méritent d’être complétés par une évaluation qualitative de ce type. Nous sommes convaincu que, menée à une échelle plus large et de manière longitudinale, cette forme d’évaluation qualitative enrichirait les pratiques de formation continue et permettrait de répondre mieux aux demandes des enseignants. Offrir des ressources et du temps permettant au personnel éducatif de mettre pleinement en avant l’EAM dans ses pratiques professionnelles ainsi que prendre des dispositions concrètes pour le former à le faire devrait être une des priorités de la FWB pour améliorer la qualité de l’enseignement de l’éducation aux médias de façon transversale. Comme montré à travers ce mémoire, le problème de formation ne réside pas seulement dans la composante étudiée ici mais est général et dépend d’autres critères que la formation continue seule, comme le problème systémique de la formation initiale, ainsi que les points d’appui dans les référentiels et programmes d’enseignement et les conditions techniques et matérielles dans les classes. Un des défis majeurs à relever pour améliorer les compétences médiatiques des citoyens concerne l’enseignement, et pour ce faire, il faut commencer par s’intéresser à la formation des élèves mais également et surtout à celle des professionnels de l’éducation.

Remise du Prix

Le Prix a été remis dans le cadre de la Journée de la recherche de la Fédération Wallonie-Bruxelles, le 1ier décembre 2020. A cette occasion, outre le Prix du Conseil supérieur de l’éducation aux médias (CSEM) ont également été remis les Prix de l’Observatoire des politiques culturelles (OPC), de l’Administration générale du sport (AGS), de l’Administration des maisons de justice (AGMJ) et de l’Administration générale de l’enseignement (AGE) qui récompensent des thèses, mémoires et TFE. 

Cette matinée s'est déroulée sous forme de webinaire via la plateforme Zoom le mardi 1ier décembre 2020.

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